Eclairage électrique dans le canton

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De nos jours, appuyer sur l’interrupteur électrique est un geste simple et parfaitement banal. L’éclairage fait partie intégrante de notre quotidien au même titre que l’eau courante. Cependant, l’éclairage électrique n’a pas toujours été un acte machinal. Son apparition à la fin du XIXe siècle ne se fit pas sans résistances et sans passions. Pour bien comprendre comment certaines réactions ont pu germer dans l’esprit de ceux qui l’on a vu naître et se développer l’éclairage électrique, il est nécessaire de saisir les conditions dans lesquelles cette révolution technique s’est faite, et les enjeux économiques qu’elle a entrainés.

L’éclairage à arc fut établi pour la première fois sur le sLampe a arcol helvétique durant l’exposition d’agriculture qui se déroula à Fribourg du 17 au 2 septembre 1877. Trois lampes servaient à éclairer la cantine et une quatrième sur l’enceinte du bétail ! Ces centrales pionnières n’alimentaient qu’un nombre restreint de foyers. Le premier établissement connu est l’hôtel « Engadiner Kulm> » à St. Moritz. A l’aide d’une turbine actionnée par une cascade, elle put, dès le 25 décembre 1878, allumer six lampes Jablockhoof. Les frais étaient considérables puisqu’ils s’élevèrent à 18’000.- Frs ! Cette opération si couteuse avait pour but d’avoir un impact publicitaire sur la clientèle.

Les débuts de l’éclairage à Lausanne

En 1870, un cercle d’ingénieurs motivés par l’idée d’introduire l’éclairage électrique installe à Lausanne un éclairage provisoire à la Riponne qui se solde par un échec. Mais le succès de l’exposition internationale sur l’électricité de Paris en 1881 les renforce dans leur conviction. En novembre de la même année, ils fondent la Société Vaudoise de l’Electricité sous la présidence de l’ingénieur Léon Raoux. La nouvelle société s’attache d’obtenir l’autorisation de placer des lignes électriques sur le domaine public. Mais les autorités ne sont pas pressées à répondre, malgré une démonstration d’éclairage par incandescence à l’hôtel de l’Ours.
La SVE met en service en avril 1882 la première usine électrique de Suisse. Une dynamo Siemens de 20 cv, recevant sa force motrice du réseau de distribution d’eau de la Société du Lac de Bret, alimente une vingtaine de lampes SWAN dans une brasserie. L’opération est une réussite et la Municipalité accorde, à titre provisoire, une concession d’éclairage à Léon Raoux. L’attitude de la Municipalité est prudente et se décharge d’une éventuelle action juridique de la Compagnie du gaz. En effet, la Municipalité avait octroyé le monopole de l’éclairage public à la compagnie du gaz jusqu’à la fin 1895 et la population se montrait réticente à l’idée d’installer ce type d’éclairage dans les foyers. L’éclairage au gaz à Lausanne y est installé depuis 1848.

Malgré ces réticences, la société pionnière devient la Société Suisse d’Electricité et installe en 1883 une deuxième centrale pour l’éclairage de l’hôpital cantonal avec 230 lampes. L’électricité est produite par deux machines dynamoélectriques Edison, placées dans un petit bâtiment à Couvaloup, et actionnées par deux turbines de 20 chevaux. Un des concepteurs est Jules Cauderay qui est fournisseurs d’appareils électriques
L’implantation du nouveau type de lumière se fit laborieusement à Lausanne. La centrale n’alimenta à ses débuts qu’un groupe restreint d’établissements privés, d’hôtels, de cafés et boutiques à cause du monopole de la compagnie du gaz ; les autres villes de Suisse étaient aussi confrontées aux compagnies gazières.

La SEVM éclaire la région Riviera

L’implantation des centrales hydro-électriques en Suisse se fit en premier lieu dans les centres touristiques. La Riviera vaudoise fut l’une des premières régions à s’électrifier grâce à la Société électrique Vevey-Montreux qui, dès 1887 fournit l’éclairage électrique aux communes de Vevey, Montreux et la Tour-de-Peilz. C’est en 1886 également que Lucerne, dont la vocation touristique n’est plus à démontrer met en service sa centrale de Torenberg. Davos ainsi que Loèche-les-Bains inaugurent en 1889 l’éclairage dans les hôtels et les ruelles.
Il est à noter que la technologie électrique est encore trop incertaine pour rencontrer un accueil unanime favorable, la qualité était toute relative car le débit du courant subissait d’énormes variations, la lumière dispensée par les lampes électriques était vacillante et son intensité peu agréable. Le prix de la lumière était nettement supérieur à toutes les autres sources d’éclairage. En débit de cet écueil, il se trouva pourtant quelques pionniers prêts à investir des capitaux importants dans la construction d’une centrale.

C’est à partir des années 1890 que l’électricité devient vraiment une industrie qui se structure. Grâce à la réalisation spectaculaire de Charles E.L. Bown et Walter Boveri, qui parviennent en 1891 à établir une ligne à haute tension sur une distance de 170 km. Les véritables enjeux de l’énergie électrique sont soudain mis en évidence. La houille blanche allait permettre une décentralisation des usines, forcées jusque-là de s’établir à proximité des cours d’eau pour bénéficier de la force hydraulique productrice de l’énergie électrique. La disparition des contraintes géographiques et la perspective de fournir de l’énergie à ces clients toujours plus éloignés rendait la production d’électricité très attrayante.

Nouveaux marchés

Grâce à l’apparition des premiers tramways, l’électrification de lignes ferroviaires, à l’industrie naissance de l’électro-chimie ou encore la métallurgie, dont la production d’aluminium par électrolyse. Ces débouchés entrainèrent la création de grandes centrales pour la distribution d’électricité. La production par usine passe d’une moyenne de 1’200 KW à 10’000 KW par an sur la période de 1891 à 1905. La plupart des grandes ville suisses se dotèrent de réseaux urbains.


La phase de démarrage de l’électricité lausannoise présent un intérêt particulier dans la mesure où la centrale bâtie à Lausanne fut la première du genre à diffuser du courant en Europe. Cette précocité a de qui surprendre ; la capitale vaudoise était loin de posséder de grandes industries susceptibles d’aborder l’électricité produite, mais grâce à une situation hydrologique favorable et surtout par des pionniers dynamiques. Il est indéniable que la présence dans la capitale vaudoise d’une école technique a joué un rôle important dans la diffusion des idées nouvelles.
Selon le Conteur vaudois, les tentatives d’utilisation d’un arc voltaïque re monteraient au Tir fédéral de 1876. Ces essais relevaient d’avantage d’un tour de passe-passe que de techniques rodées ; les génératrices avaient un rendement irrégulier, allant d’un éclair qui éblouissait les spectateurs pendant quelques secondes avant de replonger dans l’obscurité ! Les pionniers Cauderay, l’ingénieur français Léon Raoux et Jules Duvillard installèrent en janvier 1881 un éclairage provisoire sur la place de la Riponne à l’occasion d’un cortège de bienfaisance.

Fondation de la Société Vaudoise d’Electricité

Après résultats probants obtenus à l’exposition d’électricité de Paris déboucha la fondation de la Société Vaudoise d’Electricité (SVR), présidée par Léon Raoux. Ce dernier fit de nombreuses démarches pour poser des fils conducteurs sous les pavés, d’éclairer le Temple de St-François et le Théâtre municipal. Elles furent refusées par la Municipalité. Mais la SVR, avant même d’avoir un accord officiel, aménagea une usine électrique d’une puissance de 20 cv à la Rue Centrale 2, mise en mouvement par la force hydraulique des eaux du Lac de Bret. Elle fonctionna dès le 22 avril 1882 pour alimenter une vingtaine de lampes Swan installées à la brasserie Leysinger, rue St-François. Ce café particulièrement à la mode attirait un large public qui venait régulièrement troubler son absinthe à la petite fontaine centrale de la brasserie ! La société s’offrit une publicité percutante avec deux lampes placées sous l’eau, ce qui était impossible avec d’autres moyens d’éclairage.

La SSE put commencer à se développer, dont la taille restera modeste, jusqu’à la mise hors service en 1901. La SSE possédait deux centrales : l’une sur la route de Couvaloup, abritait les machines destinées à produire de l’électricité à l’usage exclusif de l’Hôpital cantonal.  Elle fonctionnait de manière régulière à partir du 15 février 1883 pour les 230 lampes du centre médical. L’autre située à la rue Centrale, fut agrandie en 1883 et la puissance des génératrices passa de 20 à 30 chevaux. Selon le tableau ci-dessous, on constate que la totalité des points lumineux se montait à deux lampes pour 100 habitants., dix ans après la fondation de la SSE.

Le rythme lent de diffusion de l’éclairage électrique à Lausanne s’explique par divers éléments, dont la rivalité entre les diverses sources lumineuses disponibles sur le marché. L’éclairage au gaz en fonction depuis1846, et dont le rendement lumineux était plutôt satisfaisant, fut l’un des concurrents les plus sérieux sur le plan de l’éclairage public. Mais l’utilisation des ampoules à arcs voltaïques en remplacement de celles à filament de carbone, on permit d’obtenir un éclairage dix fois plus lumineux.  Portail de la lumière et de l’éclairage.

 

 

Mais c’est l’apparition des ampoules à filament métallique au début du XIXe siècle que l’électricité dépassera définitivement l’éclairage au gaz.
Ainsi, si l’on tient compte exclusivement de l’efficacité, on constate que l’éclairage au gaz supportait la comparaison, jusqu’au tournant du siècle avec l’incandescence électrique. Son coût, moins prohibitif que celui de la houille blanche et sa préexistence sur la place lui assurèrent de nombreux adaptes. Cet fut l’argument utilisé par les autorités pour justifier leur manque d’empressement à adopter l’électricité dans les rues de Lausanne. Quant à la Compagnie du gaz, elle se montra bien décidée à défendre son monopole d’éclairage public. Alors qu’en 1881 la Compagnie ne s’était pas opposée à la pose de fils électriques sous les pavés, elle revint sur sa décision en 1888 elle contesta juridiquement la pose de fils par la SSE. Mais ses réclamations n’aboutirent pas au résultat escompté ; les autorités refusèrent.


Citation :
L’éclairage du café par la lumière électrique ne fait qu’en augmenter l’attrait, car l’effet de cette superbe clarté y semble réussir mieux que partout ailleurs. C’est l’un des plus beaux succès de la SSE qui attire chaque soir de nombreux curieux. Cet éclairage est si brillant, si gai qu’il rappelle celui des grands cafés des boulevards parisiens (…) Les journaux semblent se lire avec beaucoup plus de plaisir.
Extrait du Chroniqueur du Conteur Vaudois.

Devant cette réussite éclatante, la Municipalité ne pouvait que s’incliner et décida le 24 avril d’accorder à Raoux la concession demandée. Des fils électriques ont pu être placés sous la place St-Français et l’éclairage du Bazar vaudois et de l’horlogerie Aubert furent autorisés provisoirement. Le soir du 4 mai, un attroupement se créa devant la vitrine Aubert pour admirer l’éclairage. La SVE, encouragée par ces succès, relia sa centrale à la Gare du Flon qui inaugura ses ampoules.

En septembre 1882, la SSE obtint l’autorisation générale de poser des fils conducteurs dans toute la ville.
L’association de la Société Suisse d’Electricité SSE se transforma en SA avec un nouveau conseil d’administration et de nouveaux capitaux ont été apportés. La volonté d’investissement fut une réalité à Lausanne.
Les financiers ne boudèrent pas la SSE, encouragés par les débouchés dans le marché de l’hôtellerie (Lausanne était visitée par de nombreux touristes anglais) et la perspective de l’éclairage de l’Hôpital cantonal, dont l’électrification avait été envisagée en janvier 1882 par le Conseil d’Etat, à cause de la sécurité que ce type de lumière offrait.

La SSE put commencer à se développer, dont la taille restera modeste, jusqu’à la mise hors service en 1901. La SSE possédait deux centrales : l’une sur la route de Couvaloup, abritait les machines destinées à produire de l’électricité à l’usage exclusif de l’Hôpital cantonal.  Elle fonctionnait de manière régulière à partir du 15 février 1883 pour les 230 lampes du centre médical. L’autre située à la rue Centrale, fut agrandie en 1883 et la puissance des génératrices passa de 20 à 30 chevaux.

La ville de Lausanne est en 1895 la ville de Suisse avec seulement 7.2 lampes à incandescence pour 100 habitants alors que Genève en a 34,8 lampes pour 100 habitants et Vevey-Montreux 89,9 lampes !

Le rythme lent de diffusion de l’éclairage électrique à Lausanne s’explique par divers éléments, dont la rivalité entre les diverses sources lumineuses disponibles sur le marché. L’éclairage au gaz en fonction depuis 1846 et dont le rendement lumineux était plutôt satisfaisant, fut l’un des concurrents les plus sérieux sur le plan de l’éclairage public. Mais l’utilisation des ampoules à arcs voltaïques en remplacement de celles à filament de carbone, on permit d’obtenir un éclairage dix fois plus lumineux.  Portail de la lumière et de l’éclairage.

Mais c’est l’apparition des ampoules à filament métallique au début du XXe siècle que l’électricité dépassera définitivement l’éclairage au gaz.
Ainsi, si l’on tient compte exclusivement de l’efficacité, on constate que l’éclairage au gaz supportait la comparaison, jusqu’au tournant du siècle avec l’incandescence électrique. Son coût, moins prohibitif que celui de la houille blanche et sa préexistence sur la place lui assurèrent de nombreux adaptes. Cet fut l’argument utilisé par les autorités pour justifier leur manque d’empressement à adopter l’électricité dans les rues de Lausanne.
Quant à la Compagnie du gaz, elle se montra bien décidée à défendre son monopole d’éclairage public. Alors qu’en 1881 la Compagnie ne s’était pas opposée à la pose de fils électriques sous les pavés, elle revint sur sa décision en 1888 elle contesta juridiquement la pose de fils par la SSE. Mais ses réclamations n’aboutirent pas au résultat escompté ; les autorités refusèrent.

Toutefois, malgré l’arrivée sur le marché de l’acétylène et malgré les intrigues de la société du gaz, ce n’est pas ce type d’éclairage qui fut le plus grand rival de la lumière électrique, mais le pétrole. La découverte des puits de Pennsylvanie au cours des années 1860 et l’arrivée massive de la paraffine américaine sur le continent européen, le cours de l’hydrocarbure connu une chute importante et le pétrole fournissait un éclairage domestique relativement bon marché. Ne nécessitant pas, comme le gaz, la transformation des intérieurs pour la pose des canalisations et offrant un éclairage de qualité supérieure aux bougies stéariques, il recueillit les faveurs des couches populaires.

Nombre d’appartements et magasins éclairés à l’électricité

Si on se réfère au tableau ci-joint, on constate qu’en 1897, 15 ans après la fondation de la SSE, seuls cinq appartements et magasins étaient éclairés à l’électricité ou 01.% !

La raison principale est que le coût de la lumière électrique était supérieure et considéré comme un « Eclairage de luxe ». Les abonnés à l’électricité étaient les hôtels, magasins, les banques. La moitié des abonnés étaient installés à la rue de Bourg et à la place St-François.

Un autre élément dont il faut tenir compte des causes du retard lausannois de l’électrification de la ville, est le scepticisme des autorités à adopter la nouvelle énergie, après des délibérations qui s’entendirent sur sept ans. Jusqu’en 1883, les autorités se contentèrent d’observer la progression des installations. Mais deux ans plus tard, alors que les circulaires de la Confédération pour la nationalisation des forces hydrauliques avaient déclenché en Suisse un mouvement d’intérêt soudain pour les concessions disponibles, la Municipalité lausannoise prit consciences à son tour des éléments financiers en jeu.
En mai 1893, le Syndic Samuel Cuénoud proposa de demander aux travaux publics du canton l’octroi à la commune de Lausanne d’une concession sur l’Orbe ainsi que sur la Grande-Eau, cans la vallée du Rhône. Se sentant menacée, la SSE demanda une concession pour 30 ans. Ces propositions furent refusées et elles ont étés suivies par une longue suite de projets, contre-projets.
La question de l’approvisionnement en eau était de loin la plus urgente, car la distribution se soldait régulièrement par des pénuries. L’idée de pomper l’eau dans le Léman fut refusée car les autorités voulait avant tout de l’eau de sources ; l’ingénieur Aloys van Muyden déclara en 1896 que cette eau était insalubre et aurait eu une incidence négative sur l’afflux de touristes. Les difficultés éprouvées du Conseil communal à se prononcer étaient dues principalement à l’incompétence de ces membres, les Services Industriels n’étaient pas encore créé pour transmettre les informations nécessaires.

Municipalisation d l’Eau et de l’Electricité

Cette situation allait changer grâce à Adrien Palaz, Dr en sciences de l’Ecole Polytechnique de Zurich et directeur de l’Ecole d’ingénieurs de Lausanne, fondateur des Tramways lausannois, membre du  Conseil communal depuis 1898. Il avait l’autorité scientifique et le poids politique pour inciter ses confrères à opter pour la solution qu’il était le concepteur.
Il proposa au Conseil de municipaliser la distribution d’eau et d’électricité. Sa solution consistait à puise l’eau du lac à la hauteur de Villette au moyen moteurs thermiques qui auraient servi par la même occasion à alimenter l’éclairage électrique lausannois. Cette proposition avait l’avantage de pallier immédiatement la carence en eau potable, et de fournir de l’énergie électrique.
Mais ni le projet de Palaz ni aucune autre solution proposée ne furent acceptées par la Municipalité qui soutenait le projet d’exploitation des sources du Pays d’Haut par une société privée et quelle ne ressentait pas le besoin de procurer à la ville d’abondantes ressources électriques. Cependant, nonobstant le refus des autorités lausannoises, Ami Chessex et Ernest Barraud s’associèrent pour créer en novembre 1896, une société par actions « Consortium des Forces Motrices du Rhône » L’association fit parvenir à la Municipalité un projet de convention dans le but de fourni à la vile les installations nécessaires à son alimentation en énergie électrique. Est-ce que cette proposition ou le cumul de toutes alternatives qui finit par ébranler les autorités lausannoises ? Après 6 mois de délibérations intenses on parvint enfin à s’accorder sur la nécessité de séparer la question des eaux et celle de la force motrice et de rendre public ces deux services. Le rachat des Eaux de Lausanne et du lac de Bret fur statuée. En octobre 1897, le « bureau technique des Services Industriels », rattaché à la Direction des Travaux, vit le jour. Adhérant entièrement à l’opinion de Palaz, le syndic Louis Gagnaux, radical, pris conscience des besoins énergétiques futurs de Lausanne. Le principe d’une centrale située en dehors du canton fut finalement admis. Une nouvelle entreprise fut créée sous le nom de « Entreprise des Forces Motrices du Rhône » et un crédit de 3’575’000 Frs fut accordé pour des travaux de construction de la centrale.
Les installations prévues se composaient de deux usines. L’une, située sur le Rhône, à St-Maurice, était conçue pour fournir à la ville une énergie de 5’000 chevaux.

Pierre de Plan 1922

Une seconde centrale, bâtie à Pierre-de-Plan, dans le haut de Lausanne, devait servir de relais de transformation et comprenait deux moteurs à vapeur de 400 ch chacun, tenant lieu de réserve. Les travaux ont débuté le 10 mai 1899 pour prendre fin en 1901, mais une crue du Rhône emporta une partie de la digue inachevée, repoussant la mise en service au 15 mai 1902. L’intermède fut assuré par les chaudières de Pierre-de-Plan.

L’énergie produite par les chaudières de Pierre-de-Plan a permis l’inauguration des quais d’Ouchy, bordés de 20 réverbères électriques.  Par la suite, la Commune assuma entièrement les frais de raccordement à l’électricité des abonnés. Le réseau communal ne se limita pas, comme celui de la SSE, au centre-ville, mais s’étendit à l’ensemble de la Commune. Le nombre de lampes s’élevant à 10’671 six mois après la mise en fonction de l’usine communale.
Malgré les fréquentes interruptions dues aux intempéries et au gel intense de l’hiver 1905-1906, le nombre d’abonnés augmenta constamment entre 1900 et 1907, à tel point que les Services Electriques durent opposer un refus aux nouvelles demandes d’abonnement à la force motrice car l’énergie à disposition était insuffisante. La capacité de production de Pierre-de-Plan fut augmentée et pouvoir les pointes du soir.
Le conflit mondial, bien qu’entrainant une baisse des recettes causées par l’augmentation du nombre d’appartements vacants, favorisa la généralisation de l’éclairage électrique. En 1917, le service du gaz publia un avis officiel dans lequel informait que toute consommation abusive de gaz serait largement pénalisée (la quantité de gaz dépassant le maximum autorisé serait facturé au quadruple du prix ordinaire). En1917, aucun nouveau réverbère au gaz ne fut placé dans les rues lausannoises. On supprima même définitivement 289 réverbères au gaz tandis que le nombre de sources lumineuses électriques passait de 398 en 1917 à 589 en 1918. Finalement en 1921, les derniers appareils fonctionnant au gaz furent mis hors service.
La prépondérance de l’électricité comme source de lumière à Lausanne à la fin de la première guerre ne se limita pas au domaine public. En 1920, le 85.9 % des immeubles lausannois étaient pourvus du système électrique. En 1917, la Compagnie vaudoise des forces de Joux fournit 600 kW à Lausanne et dès 1918, l’usine de Vouvry de la Société Romande d’Electricité transmit 2’000 kW à la ville. C’est la même année que les SIL participèrent à la fondation d’E.O.S. Dès 1920, l’usine du Bois-Noir fut modifiée et agrandie pour produire du courant triphasé et non plus continu.
Ainsi on peut constater que sur le plan lausannois comme sur le plan suisse, le début des années 1920 marque un tournant dans l’histoire énergétique.



 

Lumières sur la ville – par Monique Savoy
Introduction et promotion de l’électricité en Suisse : l’éclairage lausannois, 1881-1921

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