Boulangerie Rapin à Essertines-sur-Yverdon

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Boulangerie-Epicerie villageoise

Cet article vous présente les archives retrouvées chez mes parents qui ont géré cette Boulangerie-Epicerie dans ce village du Gros-de-Vaud. En 1933, Georges Brot, venu du village voisin Vuarrens, reprenait le commerce du père Grin pour son fils André. Ce dernier ayant décidé d’arrêter le métier de boulanger, c’est sa soeur Nelly, mariée à Emile Rapin qui ont repris le commerce. Ce dernier apprit le métier de boulanger « sur le tas » et il effectuait, après son travail au laboratoire, la livraison du pain dans les hameaux de Nonfoux, Epauthères et de La Robellaz.

Diane à 2h du matin !
Le four à pain était à bois avec une chauffe semi-directe, c’est-à-dire que le foyer était situé en-dessous du lieu de cuisson (four à gueulard). Le four étant chauffé au bois, il fallait allumer le feu vers 2 heure chaque matin !
Dès 1953, un nouveau four à bois est installé ; Le foyer à bois se trouvait sur le côté du four et qui chauffait l’eau contenue dans des tubes acier qui s’étendaient en dessous et en dessus des deux chambres de cuisson. La chaleur était conservée grâce à ces tubes en acier, entourés de pierres réfractaires ; cela permettait l’allumage du foyer vers les cinq heures du matin.
Ce four avait été construit par l’entreprise Giovanola à Monthey.
Chaque année, 50 à 60 mètres cubes de bois de foyard, provenant des forêts d’Essertines, étaient fendu et découpé en buches de 50 cm de longueur. Ces travaux de buchage était effectué par un employé pendant plusieurs mois d’été.

En 1967, le four fut transformé et les buches ont étés remplacées par l’électricité, cela a permis au boulanger de commencer son travail a 5h du matin en semaine et à 0h le samedi .. Lien vers construction d’un four

Pain à façon

Pour les agriculteurs du village, le pain était fabriqué « à façon », c’est-à-dire que les paysans amenaient leur farine en automne. Chaque jour, ils venaient chercher « leur pain ». Ils ne payaient que le travail. Il s’agissait des mesures datant de la guerre pour créer des réserves de farines dans tous les coins du pays, puis aussi de faire marcher les petits moulins régionaux. Les moulins d’Yverdon, de Cossonay et d’Orbe étaient les principaux moulins de la région. Certains jours, le boulanger était catastrophé, car le pain ne levait pas bien, car les farines, livrées par les certains agriculteurs, étaient de moins bonne qualité… Par la suite, les farines se sont standardisées et sévèrement contrôlées.
Il faut dire que lors des contrôles systématiques de qualité opérés par la Fédération suisse des boulangers. « il a toujours obtenu des notes jusqu’à 9.6 sur un maximum de 10 et le pain d’Essertines n’est jamais descendu au-dessous de 9 » affirme Michel Rapin, le fils d’Emile.

Le magasin comprenait donc la partie boulangerie et une partie épicerie avec les denrées alimentaires (fruits, légumes frais, produits congelés, conserves, vins, etc), mais également tous les produits nécessaires aux familles du village. Mercerie, cigares et cigarettes, articles de papeterie, etc, etc !

Le magasin ouvrait toujours à 6h du matin, mais les heures de fermetures varièrent au cours des années. Pendant la guerre et l’après-guerre, il fermait vers 21 h. Le dimanche, le magasin était fermé. A partir des années 1950, il fermait en principe vers 19 h; en principe, car très souvent les paysans venaient acheter leurs cigarettes après avoir fini de « gouverner », c’est-à-dire de traire les vaches, livré le lait à la laiterie villageoise et ensuite seulement, ils venaient acheter leurs cigarettes et « papoter » un moment. 
Dans les années 60, le samedi, c’était spécial .. les agriculteurs venaient un peu plus tard et ils restaient pour écouter le fameux « quard heure vaudois » avec mes parents et, ensuite, en discuter et rire un bon coup  !

En plus, un téléphone mural était à disposition des personnes qui n’en disposaient pas encore. Ce téléphone était équipé d’un compteur de taxe et isolé dans un couloir pour la discrétion des discussions.

 

Transmission du commerce en 1970

Michel Rapin, le fils d’Emile, revint à Essertines-sur-Yverdon après son apprentissage de boulanger et repris le commerce en son nom avec sa femme Monique. Le papa ainsi que son épouse restèrent actifs et continuèrent cependant à travailler ; le papa fit les tournées de livraison du pain et des aliments de première nécessités dans les hameaux de la commune (Nonfoux, Epauthères, la Robellaz) avec en plus les villages de  Corcelles, Suchy, Gressy et Belmont-sur-Yverdon. Il effectua ces tournées jusqu’à l’âge de 80 ans. Personnellement, je l’accompagnais le samedi et je me souviens qu’il tutoyait toutes les dames qui venait au bus et avait toujours le mot pour rire !
Un bus VW équipé d’un frigo à gaz contenant les yaourts, le beurre, le chocolat remplaça la limousine américaine avec un grand coffre dans les années 70 !

Avec l’apparition des cartes de crédit dans les grandes surfaces, le système du carnet avait nettement repris. Ce système de crédit ayant tendance à disparaître. « Il y a peu de mauvais payeurs. il faut constater que ce sont généralement les petites sommes qui étaient difficiles à encaisser », selon Monique Rapin. Il est vrai que l’épicier du village joue parfois le rôle de tampon entre le consommateur et la grande surface. « Nous avions même des clients qui venaient tard le soir pour chercher du pain pour une fondue. S’ils étaient clients, c’était OK« , selon le boulanger.

Agrandissement du commerce et remise du commerce en 1991

La surface du magasin a été doublée et le laboratoire transformé; les journées de 16 heures commençaient à peser lourd sur les épaules de Michel et quelques problèmes de santé l’on contraint, à l’âge de 50 ans, à remettre son commerce à Denis Villard, un jeune boulanger d’Essertines et son épouse. 

Le magasin pendant la guerre et le rationnement

 

Auteur: Claude Rapin
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